La biodynamie, de la vigne au verre

Le vigneron de Féchy Raymond Paccot a adopté la méthode culturale en 1999. Il estime qu’elle lui a permis de gagner en qualité, avec des vins qui offrent plus de fraîcheur et de buvabilité.

Dans le petit monde de la viticulture suisse, Raymond Paccot fait partie des incontournables. Avec, souvent, un rôle de pionnier: à la fin des années 1980, le vigneron de Féchy a séparé la vendange de certaines parcelles pour produire les chasselas de terroir En Bayel, le Brez et le Petit Clos, avec pour chacun une expression propre; en 1999, il a fait partie des premiers vignerons suisses à adopter les principes de la biodynamie, avec notamment le Valaisanne Marie-Thérèse Chappaz. 

Pour cet esthète curieux et passionné, le déclic s’est fait progressivement. «En 1986, j’ai gagné le prix de meilleur chasselas de Suisse avec En Bayel. C’était un millésime difficile, j’avais beaucoup travaillé à la cave. C’était un vin technique, traité au charbon. La vendange n’avait pas été respectée dans son intégrité. Je ne voulais plus faire ça. Je voulais pouvoir travailler de manière plus sereine.»

Le Valais au sommet du hit-parade des chasselas romands

Souvent arraché, le fendant sait encore séduire, comme le montre une dégustation à l’aveugle de 16 cuvées issues du très difficile millésime 2021.

Plus le chasselas recule, plus il progresse. Cela peut sembler contradictoire, mais c’est une réalité objective. En 2021, le cépage identitaire de la Suisse romande recouvrait 3570 des 14 600 ha du vignoble helvète, contre 6 700 ha en 1986, soit une baisse de plus de 50%. 

Près de 1000 ha ont disparu ces quinze dernières années, dont une grande partie en Valais, avec le soutien de primes à l’arrachage versées par la Confédération. Ce recul spectaculaire a coïncidé avec un saut qualitatif favorisé par les progrès œnologiques, mais aussi par la nécessité de faire face à la concurrence accrue des vins blancs étrangers. Longtemps confiné dans le rôle de vin de soif, le chasselas a appris à se faire désirer. 

Un repas de gala pour célébrer 40 ans d’amitié

Raymond Paccot a fêté simultanément l’anniversaire de sa collaboration avec l’Hôtel de Ville de Crissier et la remise des clés du domaine à sa fille Laura.

40 ans, ça se fête ! Pour célébrer quatre décennies de collaboration avec l’Hôtel de Ville de Crissier, Raymond Paccot a organisé le 23 février un repas anniversaire avec l’actuel maître des lieux, Franck Giovannini. Une bonne habitude : le vigneron de Féchy avait déjà marqué le coup pour les 30 ans avec un repas « 9 étoiles » réalisé par le « cuisinier du siècle » Frédy Girardet encadré par ses successeurs, les regrettés Philippe Rochat et Benoît Violier. J’y étais déjà et garde un souvenir ému de cette soirée extraordinaire, comme je l’avais partagé avec les lecteurs du Temps.   

Pour le 40e, Frédy Girardet était présent avec son épouse. Le cuisinier, qui a fêté ses 86 ans en novembre dernier, n’a rien perdu de sa verve et de sa passion du goût. L’accord entre la Colombe Grise Réserve 2012 et le foie gras de canard poudré au balsamique des Alpes bernoises, pickles de choix-fleur et topinambour de Noville a été son coup de cœur de la soirée. « Un très beau mariage ! »

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Santé: «Il faut arrêter de diaboliser la consommation de vin»

Le Dr Rifler défend avec passion les vertus du vin comme partie intégrante du régime crétois. Et fustige l’hygiénisme ambiant.

Boire du vin pour rester en bonne santé. C’est le conseil iconoclaste du Dr Jean-Pierre Rifler, urgentiste et auteur de l’ouvrage «Les vertus du vin», publié l’automne dernier aux éditions Favre. Il faut dire que le médecin bourguignon est tombé dans le vin quand il était petit, comme il l’écrit dans le préambule. Il a découvert le vin avec son ami Vincent, fils de vigneron à Chablis. Au terme de ses études de médecine, il rédige sa thèse sur les effets bénéfiques des polyphénols des vins rouges, dont les tanins, les anthocyanes ou les stilbènes, dont le resvératrol.

Cofondateur de l’association Nutrition Méditerranéenne et Santé, le Dr Rifler ne nie pas les méfaits d’une consommation exagérée d’alcool. Mais il fustige l’hygiénisme ambiant qui, selon lui, a entraîné «une diabolisation de la consommation de vin». Entretien.

Créer sa cave à vins, lieu de plaisir et de partage

Pour le passionné, la cave à vins n’est pas seulement une pièce borgne, sombre et humide. C’est un refuge, un lieu de pèlerinage que de nombreux hommes et quelques rares femmes chérissent au-delà du raisonnable.

Faire vieillir son vin en cave dix ou vingt ans, parfois plus, est une curiosité en dehors du cercle des passionnés: la grande majorité des consommateurs boivent des millésimes récents, au point souvent d’ouvrir des bouteilles achetées le jour même chez un caviste ou dans la grande distribution. Ce goût de l’instantanéité s’explique par l’évolution des habitudes de consommation, mais aussi par les progrès de l’œnologie moderne, qui propose des vins «prêts à boire» même dans les régions où la garde est une tradition, comme à Bordeaux.

Les mousseux suisses en route vers le succès

La Cave du Tunnel à Conthey a produit le meilleur vin effervescent du pays ces quatre dernières années. Une façon de se profiler sur un marché en pleine croissance.

C’est une tendance lourde partout en Europe. La consommation de vins effervescents progresse alors que la consommation de vins tranquilles recule. En Suisse, l’augmentation est spectaculaire: en 2021, 23,5 millions de litres de vins mousseux ont été consommés, un record. Cela représente une hausse de 22% par rapport à 2015 et de 33% par rapport à 2010.  Ce total n’intègre pas la production indigène de vins effervescents, que l’Office fédéral de l’agriculture dilue dans sa statistique annuelle entre les catégories «vins blancs» et «vins rouges». 

On craque pour… un Brut valaisan 4 fois champion suisse

La Cave du Tunnel a remporté la catégorie «mousseux» lors des quatre dernières éditions du Grand Prix du vin suisse.

C’est une performance inédite. La Cave du Tunnel a remporté la catégorie «mousseux» lors des quatre dernières éditions du Grand Prix du vin suisse. Cela dénote un haut niveau de qualité mais aussi une grande régularité: le domaine, qui possède 25 hectares de vigne et achète du raisin à une centaine de fournisseurs, a été sacré avec les millésimes 2013, 2014 (2 fois) et 2016 de son Brut millésimé. Le 2015 a obtenu la deuxième place du concours l’an dernier, jute derrière le 2014. Impossible, dans ces conditions, d’évoquer le facteur chance. 

On craque pour… la cuvée iconique de la Maison Mauler

L’entreprise du Val-de-Travers élabore plus de 500 000 bouteilles par an, ce qui fait d’elle le premier producteur de Suisse de vins effervescents.

Dans le petit monde des vins suisses, la Maison Mauler est un cas à part. La quasi-totalité de la production est dédiée aux effervescents produits selon la méthode champenoise, et ce depuis sa création en 1829. Basée au Prieuré St-Pierre, à Môtiers, dans le Val-de-Travers, l’entreprise élabore plus de 500 000 bouteilles par an, ce qui en fait le premier producteur de Suisse, et de très loin.

De l’horlogerie au vin, l’ambition de Karl-Friedrich Scheufele de «vendre du rêve»

Le président de Chopard a acheté un domaine viticole en Dordogne. Il n’est pas le seul patron horloger à avoir fait le pas.

Vu de loin, le monde du vin et celui de l’horlogerie n’ont pas grand-chose en commun. A y regarder de plus près, les similitudes sont nombreuses, en particulier dans le haut de gamme. Qu’il s’agisse de production, de marketing ou de vente, les domaines viticoles et les manufactures suisses partagent le même champ lexical: ils mettent en avant l’artisanat, la tradition, l’innovation et la volonté de se rapprocher toujours plus de l’excellence. Avec l’ambition réitérée de «vendre du rêve» pour se démarquer de la concurrence.

On craque pour…. Cadran, blanc sec de Bergerac

Produit par le Château Monestier Latour, propriété de Karl-Friedrich Scheufele, Cadran est un vin de bistrot, idéal pour accompagner huîtres et fruits de mer.

Le sauvignon blanc, le sémillon et la muscadelle sont les trois cépages que l’on retrouve dans les célèbres vins liquoreux de Sauternes. De manière plus confidentielle, ils sont utilisés pour produire des vins secs dans l’AOC Bergerac Blanc sec qui s’étend sur 885 hectares dans 90 communes du département de la Dordogne. Il s’agit le plus souvent de vins blancs sans prétention mais avec beaucoup de charme grâce à leur dynamisme et leur aromatique fruitée.