Les pinots noirs neuchâtelois au sommet du vin suisse

Après le titre national de la Cave des Lauriers, le domaine des Landions a remporté une dégustation mêlant des vins de référence issus de tout le pays. Compte-rendu de dégustation.

Les connaisseurs le savent bien: le pinot noir trouve à Neuchâtel des conditions idéales pour son épanouissement. Il se sent particulièrement à l’aise sur les sols calcaires du Littoral, son climat tempéré par la proximité du lac, qui atténue les rigueurs de l’hiver et les canicules estivales. Jusqu’ici, le cépage bourguignon a profité du réchauffement climatique, avec des maturités plus régulières de millésime en millésime. Le profil des vins reste le plus souvent frais, avec une belle expression du fruit.

Le lien privilégié entre Neuchâtel et le pinot noir a été souligné cette année avec le titre national remporté le 6 octobre dernier par la Cave des Lauriers, à Cressier, lors du Grand Prix du vin suisse à Berne (GPVS). Il a été confirmé deux semaines plus tard par une dégustation à l’aveugle organisée par «ArcInfo» au restaurant la Halle des sens, à La Chaux-de-Fonds. En compétition: 16 vins issus de toutes les régions de Suisse (sept cantons représentés), dont 14 élevés en fûts de chêne et issus du très beau millésime 2020.

Um merlot neuchâtelois brille au Grand Prix du vin suisse

La Grillette a obtenu le 3e rang national avec son millésime 2020. Une sensation pour un cépage hors AOC qui recouvre à peine quatre hectares dans le canton. Nous avons rencontré Annie Rossi, l’œnologue et régisseuse du domaine. «On y croyait vraiment», avoue-t-elle.

«Parce qu’il y a du merlot à Neuchâtel?» La surprise d’un vigneron valaisan à l’annonce de la troisième place du merlot 2020 de La Grillette au palmarès du Grand Prix du vin suisse (GPVS), le 6 octobre dernier à Berne, incarnait bien la sensation créée par ce résultat.

Le cépage d’origine bordelaise ne fait en effet pas partie des cépages autorisés dans l’AOC Neuchâtel – il est du coup commercialisé comme vin de pays. Malgré cela, il prend peu à peu ses quartiers sur le littoral, un essor favorisé par le réchauffement climatique: en 2023, il recouvre 4,1 hectares, en augmentation de 60% par rapport à 2015.

La Grillette a joué le rôle de pionnier en plantant du merlot en 2002 sur la parcelle Les Clous, à Cressier. «Le vin primé est issu de cette même vigne de 9000 m2 d’un seul tenant orientée plein sud», souligne Annie Rossi, œnologue et régisseuse du domaine. 

J’ai dégusté pour vous tous les completer du monde (ou presque)

L’ampélologue-généticien José Vouillamoz a réuni 31 cuvées du rare cépage autochtone grison. Compte-rendu d’une dégustation extraordinaire, avec plusieurs très grands vins et quelques déceptions.  

C’était une dégustation extraordinaire, et pour une fois le terme n’est pas galvaudé. Le 7 octobre dernier, l’excellent José Vouillamoz a organisé à Sierre une dégustation de tous les vins produits à base du cépage grison completer. Tous sont produits en Suisse, pour la plupart dans le Heidiland, entre Coire et Sargans. A une exception, soulignée par l’ampélologue-généticien valaisan : Giorgio Anselmet, du Val d’Aoste, produit depuis peu un completer italien.

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Le vin orange, retour en grâce d’un ancêtre géorgien

Jean-Daniel Giauque a été l’un des premiers vignerons suisses à produire ce vin de macération né dans le Caucase il y a 6000 ans. Rencontre à La Neuveville.

La couleur représente un indice souvent décisif dans l’idée que l’on se fait d’un vin. Les rosés sont forcément légers, parfaits pour un apéritif estival; les blancs sont frais, fruités, idéalement capables de magnifier un poisson du lac; les rouges, enfin, structurés et tanniques, sont les parfaits compagnons des plats carnés.

Dans cette géographie liquide, une quatrième couleur est apparue ces vingt dernières années. Réapparue, pour être plus précis: les vins orange, ou vins de macération, connaissent un retour en grâce, alors qu’ils sont probablement aussi vieux que le vin lui-même. Nés dans le Caucase il y a plus de 6000 ans, ils continuent à être produits en Géorgie dans d’antiques jarres en terre cuite enterrées dans le sol, les kvevris.

La bondola, un patrimoine à sauvegarder

Historiquement hégémonique au nord du Tessin, le cépage a été peu à peu remplacé par le merlot. L’association Slow Food s’engage pour le protéger.

Avec un peu moins de 15 000 hectares répartis dans toute la Suisse, la vigne fait intimement partie du paysage national. Ces 50 dernières années, le vignoble a connu une révolution silencieuse: de nouvelles variétés de raisins ont remplacé des variétés locales, moins productives ou plus fragiles. C’est le cas de la bondola, cépage rouge originaire du nord du Tessin, menacé de disparition. «Dans les années 1950, elle recouvrait encore plus de 50% du vignoble du Sopraceneri», souligne Giorgio Rossi, vigneron à Sementina, qui en possède un demi-hectare, ce qui fait de lui le plus gros producteur du Tessin.

Le rosé, c’est le tube de l’été!

Le vin à la robe pastel ne cesse de gagner des parts de marché. Les crus suisses progressent aussi, tout en gardant leurs spécificités.

C’est une vague couleur saumon qui emporte tout sur son passage, bousculant les codes du marché viticole. Malgré un tassement pendant l’épidémie de Covid-19, le rosé progresse un peu partout. C’est le cas des Etats-Unis mais aussi en France, à la fois plus grand producteur et plus grand consommateur de rosé. 

Ce dernier représente désormais plus de 30% de la production nationale alors qu’il n’atteignait pas 10% il y a 20 ans. Porté par la Provence, ce développement spectaculaire touche aussi la très aristocratique Champagne, où les ventes de bulles à la couleur rosée ont doublé en dix ans.

On craque pour… un rosé qui casse les codes

Le millésime 2022 assume pleinement son statut. Il est suggéré de le boire «avec des glaçons et des feuilles de menthe fraîche».

A Neuchâtel, l’œil-de-perdrix est une institution. Le rosé emblématique représente la moitié de la production des 335 hectares de pinot noir récoltés dans le canton. Selon les chiffres de l’Office cantonal de la viticulture, ce ratio est stable depuis 10 ans. Le succès du rosé de Provence n’a pas eu d’impact sur les volumes produits, contrairement à la plupart des autres régions viticoles. 

Châtelain en Dézaley

En 2020, Arthur Duplan a reçu les clés du domaine viticole créé autour de la tour de Marsens, au cœur du vignoble historique de Lavaux. Un sacré défi pour cet œnologue venu au vin par passion

C’est un joyau, un morceau de patrimoine viticole inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Surplombant le Léman, le vignoble du Dézaley a été structuré par les extensions et les reculs du glacier du Rhône. Il y a presque un millénaire, des moines cisterciens ont défriché ses pentes abruptes pour ériger des centaines de kilomètres de murs de pierre afin de planter la vigne en terrasses.

Au cœur de ce vignoble héroïque, la tour de Marsens découpe sa silhouette crénelée. C’est là, au bout d’un chemin de vigne abrupt, qu’Arthur Duplan, 26 ans, travaille depuis l’automne 2020. Fraîchement diplômé de la Haute Ecole de viticulture et d’œnologie de Changins, il a repris la gestion du domaine viticole créé la même année. Jusque-là, la vendange issue des deux hectares de vignes était vendue à un négociant, sans mention de sa proximité avec l’édifice médiéval.

Les champions suisses de dégustation à l’aveugle visent un 3e titre

Comment s’entraîne-t-on à reconnaitre des vins lors d’une dégustation à l’aveugle? Nous avons suivi les doubles champions suisses en titre lors d’une soirée d’entrainement.

La dégustation à l’aveugle par équipes, c’est comme le football, le scrabble ou la pêche au gros, il faut s’entraîner pour progresser. Doubles champions suisses en titre de la discipline et qualifiés pour les Mondiaux, où ils ont terminé 9es l’automne dernier, les Genevois Damien Mermoud, Pierre-Emmanuel Fehr, Dorian Pajic et Tristan Frésard l’ont bien compris, ils se retrouvent tous les lundis soir chez le premier, vigneron à Lully, pour une séance de travail. Au programme: la dégustation de douze bouteilles mystères, dûment chemisées. 

Le räuschling, un trésor alémanique

Le cépage blanc zurichois fait partie des variétés autochtones helvètes, mieux armées que les plants importés pour répondre aux défis du réchauffement climatique.

e sont des résistants qui ont failli disparaître, victimes d’une viticulture qui a longtemps eu pour seule obsession de faire du volume. Heureusement, les temps changent: les cépages autochtones, qu’ils soient suisses, italiens, grecs ou autrichiens, connaissent un nouveau souffle depuis un quart de siècle. C’est le cas des spécialités valaisannes comme l’amigne, l’arvine ou le cornalin, qui occupent aujourd’hui 600 hectares en Valais (soit 13% du vignoble), pour seulement 120 hectares en 1991.

C’est aussi le cas du completer grison, de la bondola tessinoise ou du räuschling, spécialité typiquement zurichoise. Issu du croisement du savagnin du Jura et du gouais blanc du nord est de la France, il est né dans le sud de l’Allemagne. Comme le détaille l’ampélographe José Vouillamoz dans son livre «Cépages suisses, histoire et origines», il a progressivement disparu des vignobles allemands et alsaciens pour survivre exclusivement en Suisse, malgré un arrachage à large échelle dès la fin du 19e siècle. Il recouvre aujourd’hui 26 hectares en Suisse alémanique, dont 20 dans le canton de Zurich.