Edmond Gasser, l’excellence faite sommelier

Nommé «Sommelier de l’année» 2020 par le GaultMillau, le Parisien impressionne par sa culture et son entregent. Rencontre autour d’un verre de vin

Edmond Gasser (Eddy Mottaz/Le Temps)

On lui avait demandé de choisir un vin pour accompagner l’entretien. Edmond Gasser a opté pour la cuvée Coò, du domaine Zündel, au Tessin. Un chardonnay tranchant à la finale iodée qu’il décrit avec précision après l’avoir rapidement pris en bouche. Ce choix résume très bien l’approche du vin de ce Parisien de 30 ans, nommé meilleur sommelier de Suisse 2020 par le GaultMillau: découvrir des vins à forte personnalité que l’on a du plaisir à boire et boire encore: «Je me pose toujours la même question: ce vin donne-t-il envie d’en reprendre un verre? Là, c’est le cas, n’est-ce pas?»

Edmond Gasser est ainsi: il n’assène pas, il questionne. Il n’impose rien, il propose avec tact, délicatesse et entregent. Ouvert à tout, il aime découvrir de nouvelles références. La curiosité est même une marque de fabrique, qu’il n’a pas perdue depuis sa nomination au poste de chef sommelier du restaurant Anne-Sophie Pic, au Beau-Rivage Palace de Lausanne, en janvier 2019. «Le risque, dans un palace, c’est de perdre la flamme, reconnaît-il. Des sommeliers blasés, il y en a des tonnes. Ils ne vibrent plus. Dans ces conditions, on est assez vite en roue libre. Je veux à tout prix l’éviter.»

Cuvée Milo 2018, Romain Cipolla

«Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité.» La citation de Saint-Exupéry donne tout de suite le ton sur la page d’accueil du site internet de Romain Cipolla: le jeune Fribourgeois exilé dans le Haut-Valais est animé par la passion du vin. C’est l’amour du divin nectar qui l’a poussé à s’inscrire à l’école de Changins pour devenir œnologue. Son diplôme en poche, ce vigneron sans terre est parti en stage chez Claudy Clavien, à Miège, puis chez Philippe Constantin, à Salquenen. C’est chez ce dernier qu’il a vinifié son premier millésime à son nom, en 2014, avant d’emménager dans ses propres locaux à Raron, en 2019…

Pinot noir Grands Terroirs 2017, Bouvet-Jabloir

L’ancrage dans la tradition n’implique pas forcément de regarder en arrière. A la tête du domaine Bouvet-Jabloir, à Auvernier (NE), Alexandre et Dimitri Colomb pensent même tout le contraire. S’ils insistent sur la dimension historique et familiale du domaine, les deux frères aiment se singulariser. A la cave, on déguste sur fond de musique électro des vins issus de collections aux noms un peu ronflants (Légendes, Signatures, Grands Terroirs) qui symbolisent leur ambition de casser les codes.


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Chasselas Belles Rives 2018, Madeleine Ruedin

Un vin coup de cœur qui possède de la race et de l’élégance. Le chasselas Belles Rives 2018 de Madeleine Ruedin a un nez raffiné, avec une fine note minérale (pierre chaude après l’orage) et un fruit très précis (pêche, citron). La bouche est gourmande et dense, avec une acidité vivifiante qui lui donne un magnifique équilibre. La finale est aérienne, sur la poire, avec une fine amertume qui donne du relief au vin.

Cristal Roederer, les secrets d’une cuvée iconique

Créé à la demande du tsar Alexandre II, le fameux champagne à la bouteille à fond plat a su s’adapter à son temps. Son maître de cave, Jean-Baptiste Lécaillon, en a fait la locomotive de la transition vers une viticulture biologique.

Avec son fond plat et son verre transparent, c’est une bouteille reconnaissable entre toutes. La relique d’un monde disparu qui a su se renouveler pour rebondir. Créée en 1876 à la demande expresse du tsar Alexandre II de Russie, la cuvée Cristal de la Maison Louis Roederer a failli disparaître après le bouleversement occasionné par la révolution d’octobre 1917. Elle est aujourd’hui une icône champenoise, à la pointe en matière de culture biologique dans une Champagne très en retard en la matière.

Au siège de Louis Roederer, à Reims, le lien avec la Russie est encore très présent. Installé sous un puits de lumière, un buste de marbre d’Alexandre II toise les visiteurs. Un hommage justifié pour un empereur qui offre à la marque une source intarissable d’anecdotes propices au storytelling. Ainsi, la fameuse bouteille en cristal – qui a donné son nom à la cuvée – aurait été conçue pour éviter qu’une bombe ne puisse prendre place dans le fond creux des flacons traditionnels.

Champagne, la vie en rose

La cote des bulles saumonées ne cesse de grimper, en particulier aux Etats-Unis, grâce à une nouvelle clientèle jeune et décomplexée. Une consécration pour une spécialité historique aux expressions très variées.

Le rosé a une cote d’enfer. Il représente aujourd’hui plus de 30% de la production de vin en France, contre à peine 10% il y a vingt ans. Cette croissance, dopée par le rosé de Provence, a atteint la très aristocratique Champagne. La part des champagnes rosés atteint 10% des exportations, contre à peine 3% il y a vingt ans. La croissance touche tous les pays, mais elle est particulièrement marquée outre-Atlantique. Aux Etats-Unis, deuxième pays importateur de champagne après le Royaume-Uni, le rosé représentait 17% de la consommation totale en 2018. Un succès qui s’explique par le développement d’une nouvelle clientèle, à la fois jeune, festive et argentée.

Le critique de vins, une subjectivité assumée

Bien choisir les vins pour les Fêtes est un art difficile, en particulier quand on n’y connaît rien. Le journaliste spécialisé joue le rôle de poisson-pilote, avec le plaisir comme principal moteur. Mon éclairage dans « Le Temps ».

Cela peut être un plaisir, mais c’est très souvent un casse-tête. Le choix des vins pour aborder la succession des apéritifs et repas de fin d’année fait l’objet de stratégies complexes: certains acheteurs cherchent des cuvées originales dans les rayons des commerces spécialisés, d’autres font leurs emplettes sur internet alors que la majorité fait son marché dans l’offre pléthorique de la grande distribution. Les critères de sélection sont divers et variés, avec des pondérations entre le niveau de prix, l’expérience personnelle, les médailles obtenues dans les concours, les préférences régionales ou encore la séduction d’une étiquette.

Dans ce marché extrêmement concurrentiel, le critique de vins joue le rôle de poisson-pilote. L’auteur de ces lignes – qui exerce cette fonction à temps partiel pour Le Temps depuis dix ans – goûte, évalue et recrache une centaine de vins par mois. Contrairement au critique de cinéma, qui écrit sur tous les films qu’il va voir, le journaliste du vin est extrêmement sélectif: il ne chronique que ses coups de cœur et encore, pas tous.

Petite arvine Les Clives 2018, Cave Caloz

Le domaine familial de Miège est l’une des locomotives de la viticulture biologique.

A la Cave Caloz, à Miège, on cultive plusieurs sillons en parallèle. La vigne, bien sûr, dans le respect de la nature: le domaine, certifié Bio Suisse, a obtenu en 2019 le titre de cave suisse bio de l’année. L’esprit de famille, ensuite: Conrad et Anne-Carole Caloz ont été rejoints en 2013 par Sandrine, l’aînée de leurs quatre filles, diplômée en œnologie à Changins. Un fort engagement social, enfin, nourri par de profondes convictions catholiques: la maison familiale accueille régulièrement des migrants et des personnes en situation de handicap avec le souci constant «de mettre l’humain au centre».

Cornalin «Neyrun» 2016, Lux Vina

La cuvée spéciale du duo Z’Brun-Gfeller a placé la barre très haut dès son premier millésime

Les vignerons suisses sont de plus en plus nombreux à créer des cuvées à forte valeur ajoutée, issues de leurs meilleures parcelles ou de vinifications spéciales. Il est plus rare qu’ils créent une gamme complète qui se démarque de leur production habituelle. C’est le défi que se sont lancé Patrick Z’Brun, propriétaire des domaines des Chevaliers, à Salquenen, et son œnologue Christian Gfeller. En 2017, les deux hommes ont mis sur le marché six vins estampillés Lux Vina, Lux étant le prénom de la mère de Patrick. En avril 2018, ils ont été rejoints par le cornalin Neyrun, nom historique du cépage valaisan.

Chardonnay Parcelle 902, domaine de la Ville de Morges

Ce domaine historique de La Côte a su saisir le pouls de son époque avec une gamme de vins « natures »

Créée en 1547, l’exploitation de la Ville de Morges a longtemps eu mauvaise réputation. Grâce à Marc Vicari, son nouveau directeur, et à sa transformation en société à responsabilité limitée, elle a pris un nouveau départ en 2013.

Le nouveau responsable est reparti de zéro. Pour les vinifications, il a fait appel à un œnologue-conseil reconnu, Fabio Penta. Souhaitant faire le pas de la biodynamie, il a engagé comme chef vigneron Corentin Houillon, un jeune diplômé originaire d’Arbois qui a de qui tenir: il est le neveu d’Emmanuel Houillon, qui a repris le domaine de Pierre Overnoy, pionnier dans la production des vins «nature» (sans soufre et sans intrants) dans le Jura français.